Sahriyet été 2020 à Hammamet “La Conférence des oiseaux ” (Mantiq at-Tayr)

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Le programme de Sahriyet été 2020 à Hammamet se poursuit avec des soirées d’une grande qualité artistique au bonheur d’un public averti qui ose le déplacement et revendique la culture et les spectacles même en période de fête familiale. Après une première soirée dédiée à la musique symphonique, suivie d’une seconde dédiée à la chanson, puis une troisième consacrée au 4ème art, Sahriyet été 2020 à Hammamet récidive avec au programme du mercredi 29 juillet 2020, un chef d’œuvre théâtral, signé par Naoufel Azara et produit par El Teatro.

Pour une aventure, ce fut une grande et audacieuse, car notre réalisateur est parti du texte le poète soufi persan Farid Al-Din Attar « La conférence des oiseaux » qui a été repris et mis en scène par les plus grands dramaturges de notre temps dont Peter Brook qui nous a légué l’une des lectures les plus magistrales.

Difficile à tout point de vue, la lecture de ce texte n’est pas à la portée des communs des mortels car il s’adresse aux seuls initiés qui ont réussi le grand voyage à la recherche de la vérité et qui se sont doté du savoir nécessaire pour décrypter les codes d’un langage quasi hermétique.
Naoufel Azara, en parfait initié, a plongé dans les abysses de ce texte pour en extirper la substance en nous invitant à faire le chemin des oiseaux pèlerins d’Al Attar, partis à la recherche du Simurgh, en bravant monts et montagnes, vents et marais avec pour seul bagage une volonté de fer et un désir ardent de connaissance.

A l’instar des oiseaux d’Al Attar, ceux de Naoufel Azara ont rencontré les difficultés les plus décourageantes et les peurs les plus insoutenables. Nombreux parmi eux ont du renoncer à ce voyage, à cause de la fatigue et par manque de volonté.

Avec des effets sonores et visuels modernes qui confèrent à la pièce un air de modernité, Naoufel Azara parvient sans peine à emporter le public dans cet univers de clair obscur, où les âmes ont du mal à rester dans leur demeure corporelle tant l’effervescence est forte. Pas à pas, et tableaux après tableaux le puzzle de la pièce se construit à travers des récits successifs mais qui ne se répètent jamais.

Par le truchement d’une scénographie très élaborée où le décor est minimaliste, Naoufel Azara nous transporte au-delà des limites du matériel à travers les sept étapes de l’initiation mystique matérialisée dans cette pièce comme dans l’œuvre d’Al Attar par les sept vallées : la vallée du Talab, du Icheq, d’Al maarifa, d’Al Istighna, d’Ettawhid, d’El Hayra et enfin celle d’El Fana.

Dans ce périple dramaturgique Naoufel Azara évoque Al Hallaj dont l’œuvre prône l’union mystique, ce qui lui a valu la mort, sans doute par incompréhension. Le voyage initiatique étant à la base une quête de la connaissance et une recherche de la vérité absolue. Et c’est cette même verité qui a fait trembler les 30 oiseaux d’Al Attar qui au bout de la route ont découvert avec amertume qu’ils ne sont en fait que la verité qu’ils ont tant recherché et que le Simurgh n’est rien d’autre que le reflet de leur propre personne.

Interprétée par Naoufel Azara, Amal Al-Awaini, Thuraya Boughanmi, Mourad Deridi, Skander Brahem, Sofiane Bouajila cette pièce est un régal et une brise de fraicheur dans un monde asséché