Le 22 juillet 2026, l'Orchestre symphonique tunisien, dirigé par le maestro Chadi El Ghrefi, a offert une soirée exceptionnelle dans le cadre de la 60e édition du Festival international de Carthage. Intitulé "Musiquats de mon pays" ("Mousiquats Bladi"), ce concert célébrait six décennies de musique tunisienne, mêlant héritage mélodique et arrangements symphoniques, tout en intégrant d'autres formes d'art telles que la danse et la poésie.
La soirée s'est ouverte sur un tableau de ballet élégant, avec des danseuses en robes blanches dont les mouvements harmonieux évoquaient un pinceau dansant avec le vent—un prélude poétique à une nuit placée sous le signe de la nostalgie et de l'innovation.
La première pièce musicale fut "Sir Tunis", composée à l'origine par Chadhli Mefteh pour la musique militaire, mais réarrangée par le maestro Chadi El Ghrefi. Le premier artiste à monter sur scène fut Noureddine El Béji, à la voix puissante et à la présence calme. Il interpréta des classiques tunisiens intemporels tels que "Fi Ayounek Nar" de Mohamed Jemoussi, "Shehloula" d'Ahmed Hamza, et "Ki Ydhiq Bik El Dahr" de Sadek Thraya. El Béji fut à la hauteur de l'événement, insufflant une nouvelle vie à ces chansons.
Vint ensuite Arij Brik, vêtue d'une robe carthaginoise blanche, qui séduisit le public par sa voix jeune et convaincante. Elle chanta "Ech Yhem" de Mohamed Sassi et "Donya Haniya" composé par Salah El Mahdi, prouvant sa maîtrise et gagnant l'admiration de l'assistance.
Des compositions de Mohamed Sassi à celles de Mohamed Ridha, le voyage se poursuivit avec "Sidi Bou Saïd El Ali" interprétée par Ali Riahi, désormais réarrangée pour orchestre par Ahmed Rabaii. Il chanta également "Tebaa'ni" de Hédi Jouini et "Ah Min El Aynayn" composé par Kaddour Srarfi. C'était la deuxième apparition de Rabaii sur la scène de Carthage, après sa participation au concert d'ouverture avec Saber Rabaii, mais il souligna que chanter avec l'orchestre symphonique était une expérience radicalement différente.
La quatrième artiste, Asma Ben Ahmed, interpréta "Zahr El Limoun" de Mohamed Trabelsi, "Awwadtni Alal Wed" d'Abdelkrim Sahraoui, et "Layali Ishbiliya" de Sayed Chatta. Dans cet arrangement inédit, le maestro Chadi El Ghrefi transporta les chansons vers les univers du flamenco, où les violons créèrent leurs propres rythmes, ouvrant une porte vers la beauté pure. "Layali Ishbiliya" devint le point d'orgue de la soirée, les violons parlant le langage de l'enchantement, laissant le public émerveillé.
Parmi les jeunes voix, Nesrine Mahbouli apporta sa voix opératique pour interpréter "Gitara" de Youssef Hajjaj et "Yasmina" de Kamel Raouf Enneggati, toutes deux arrangées par Haroun El Gherou. Sa performance ajouta une nouvelle dimension aux chansons, suscitant des applaudissements enthousiastes.
La soirée s'acheva avec la voix aguerrie de Chokri Bouziane, qui chanta "Kas El Saber" composé par Samir El Akrabi et "Ma Sabni", composé par Bouziane lui-même, tous deux orchestrés par Haroun El Gherou. Bouziane exprima son attente de longue date de se produire avec l'Orchestre symphonique tunisien et avec le maestro Chadi El Ghrefi, rappelant sa collaboration antérieure avec Mohamed El Ghrefi sur la chanson "Ya Hamam Ya Tayr".
Cependant, le concert réservait une surprise puissante : l'artiste palestinienne Rola Azar rejoignit la scène en tant qu'invitée spéciale. Elle interpréta "Ikhlaa Naalek Hathi Ardhi", une chanson patriotique orchestrée par le maestro Hadi El Gherou, dont les paroles résonnent comme un appel à la résistance : "Enlève tes sandales, ô Moïse, et monte sur le mont Sinaï, jette le jasmin sur les plaines de Palestine, car même les roses résistent, même les oliviers et les figuiers." L'arrangement orchestral donna aux rythmes une puissance grondante, symbole de la volonté d'un peuple inébranlable face à l'oppression.
Rola Azar portait sa patrie sur sa robe, ornée de broderies traditionnelles palestiniennes—un symbole de résilience et d'identité. Sur la scène de Carthage, elle chanta pour la terre, pour les oliviers et les pins de Palestine, pour son peuple, déclarant : "C'est ma terre, c'est mon honneur, et je périrai ici. Ici j'étais, et ici je resterai, comme l'olivier." Sa voix était celle d'une Palestine résistante, et de Tunis, le public scanda : "Vive la Palestine, du fleuve à la mer."
Lors de la conférence de presse qui suivit le concert, le maestro Chadi El Ghrefi évoqua le travail de préparation qui a duré une année entière, soulignant que la sélection des artistes s'était faite sur la base de leur mérite artistique. Il déclara : "Nous n'avons rencontré aucune difficulté pour réaliser ce spectacle. Nous avons travaillé sur différentes écoles de composition, et pour moi, Chokri Bouziane et Noureddine El Béji sont des repères dans ma mémoire musicale."
Rola Azar exprima sa gratitude : "Je suis profondément reconnaissante d'être ici. La Tunisie est le seul pays où je me sens vraiment libre. Je suis ravie de travailler avec le maestro Chadi El Ghrefi, et c'est un honneur de chanter avec cet orchestre. Honnêtement, l'occupation craint notre unité."
"Musiquats de mon pays" ne fut pas qu'un simple concert ; ce fut une célébration de la mémoire, une défense de l'identité et une déclaration de solidarité. Il a prouvé que la musique, dans sa forme la plus pure, est un langage universel capable d'unir les peuples, de préserver le patrimoine et de transmettre les messages humains les plus profonds.