Nabiha Karaouli à Carthage : La femme tunisienne à l'honneur à travers le chant, la mémoire et la résistance

Nabiha Karaouli à Carthage : La femme tunisienne à l'honneur à travers le chant, la mémoire et la résistance

 

À l'occasion de la Journée de la femme tunisienne, coïncidant avec le concert de l'artiste Nabiha Karaouli dans le cadre du Festival international de Carthage, la scène antique s'est transformée en un espace où la mémoire croise la célébration, et où la voix individuelle rencontre la conscience collective. La soirée fut bien plus qu'un simple concert ; elle était un hommage à un héritage féminin étendu, et une célébration d'un parcours artistique qui a fait de la chanson tunisienne un miroir de l'identité et des transformations sociales et culturelles vécues par les femmes tunisiennes.

Avant le début du concert, l'écran s'est paré des noms de femmes issues de divers horizons – certaines disparues, d'autres encore présentes – toutes unies par leur amour pour la patrie. Ce geste symbolique rappelait que la femme tunisienne, dans toutes ses positions et ses rôles, a été et reste un pilier dans la construction de la nation et la construction de son avenir.

En présence de la ministre des Affaires culturelles, Amina Srarfi, de la ministre de la Femme, de la Famille, de l'Enfance et des Personnes âgées, Asma Jebri, du président de l'Assemblée des représentants du peuple, Ibrahim Bouderbala, et de plusieurs responsables, Nabiha Karaouli est montée sur scène, portant une carrière artistique qui a fait de la chanson plus qu'un simple espace de tarab, mais une plateforme de conscience, une fenêtre sur la mémoire collective et une voix pour des histoires encore inédites.

Karaouli n'a pas commencé son concert par le chant ; elle a choisi de saluer son public par des mots célébrant la femme tunisienne – des mots simples mais empreints de poésie, qui ont trouvé un écho dans les gradins par des acclamations et des applaudissements. Cette ouverture exprimait sa philosophie artistique, qui croit que l'art commence là où la parole directe s'arrête, que la chanson est une extension de l'histoire, et que célébrer les femmes ne se fait pas par des slogans mais par l'écoute de leurs voix et de leurs histoires.

La présence de Nabiha Karaouli à cette occasion revêt une symbolique particulière. Elle est une artiste dont le projet est lié à l'exploration de la mémoire musicale tunisienne et à la relecture du patrimoine sous un angle qui le récupère et lui donne une nouvelle vie. Elle n'est pas seulement une interprète de chansons, mais une gardienne de la mémoire, réinventant la tradition dans un style contemporain tout en préservant son essence, à l'image des femmes tunisiennes dans leur vie quotidienne – préservant les traditions tout en suivant le rythme de la modernité.

Son choix de chanter lors de la Journée de la femme est une extension naturelle d'un parcours qui a fait des femmes, à plusieurs étapes, des personnages présents dans la chanson à travers leur voix, leur mémoire, leurs questions, leurs fractures et leur capacité à résister. Dans chacune de ses chansons, il y a une femme qui rêve, une autre qui attend, une troisième qui résiste, et une quatrième qui célèbre la vie malgré toutes les difficultés. C'est pourquoi son public voit dans sa voix le reflet de ses propres expériences et histoires personnelles racontées par la musique.

Sa voix ajoute un nouveau chapitre à la mémoire de la scène de Carthage, intitulé "La femme tunisienne" – avec tout son héritage social et culturel, et les distances qu'elle a parcourues pour établir sa présence dans la vie publique, l'art et la société. C'est une voix qui ne fait pas qu'occuper la scène, mais qui embrasse l'histoire, évoque des visages, immortalise des moments, et fait du théâtre antique un témoin d'un voyage de libération et de créativité.

Cette expérience est indissociable de la personnalité artistique de Karaouli, construite sur une réconciliation entre authenticité et renouveau. Du sud tunisien, elle a puisé de nombreux traits de sa mémoire musicale et linguistique, et de la formation académique, elle s'est ouverte à des possibilités plus larges de composition, d'arrangement et d'interprétation. Ce mélange d'héritage populaire et de technique académique est ce qui donne à sa voix sa particularité et en fait un pont entre les générations.

Dans ce contexte, chanter lors de la Journée de la femme est une occasion de revenir à la chanson tunisienne sous un angle différent. La chanson qui porte l'histoire d'une femme, ou évoque l'image de la mère, ou raconte une histoire d'amour et de chagrin, ne reste pas confinée à son sens direct lorsqu'elle est interprétée par Nabiha Karaouli avec l'orchestre dirigé par le maestro Khaled Ben Issa. Son expérience donne à ces chansons un espace plus large, faisant se rencontrer le privé et le public, et croiser les histoires individuelles avec celles de nombreuses femmes – elle qui n'a jamais séparé la beauté musicale de la question humaine.

Dans ses choix artistiques, la présence des questions sociales a toujours fait partie de sa vision du rôle de l'artiste, ce qui fait de sa représentation une occasion d'évoquer le chemin parcouru par la femme tunisienne et les questions qui restent ouvertes devant elle. Elle croit que l'art n'est pas un divertissement mais une responsabilité, et que lorsque les mots sont accompagnés d'une mélodie sincère, ils deviennent capables de transformer les âmes et d'ouvrir des horizons.

Nabiha Karaouli n'a pas besoin de transformer la scène en tribune directe pour que son art prenne position ; il lui suffit de laisser la place à la chanson, de récupérer des textes façonnés par la mémoire, et de prêter sa voix à la patrie et aux expériences des femmes, pour que la représentation elle-même devienne un espace de réflexion.

Dans un moment intense empreint de patriotisme, la scène antique de Carthage s'est transformée en un espace symbolique où plus d'une génération s'est rencontrée, lorsque la voix de Nabiha Karaouli s'est élevée pour chanter "Bladi" pour la Tunisie, rejointe par la chorale Sidi Sami. La scène était majestueuse, les frontières entre la scène et les gradins s'estompant, les cœurs s'unissant dans l'amour de la patrie, et la chanson devenant l'expression d'une identité partagée et d'une mémoire vivante transmise de génération en génération.

Au rythme des chansons gravées dans la mémoire du public tunisien, une équation précise s'est formée entre tarab et message, entre le plaisir du public et sa confrontation simultanée avec des questions au-delà de la musique. C'était une soirée qui faisait repartir les auditeurs avec plus que de simples mélodies passagères – ils emportaient une nouvelle vision de la vie et une appréciation plus profonde des femmes qui ont fait la différence dans cette patrie.

Par la porte de la chanson tunisienne, qui porte en elle les traces des lieux, des dialectes, des genres, des coutumes et des contes populaires, l'artiste tunisienne s'est tenue devant un large public pour récupérer la voix des femmes de l'intérieur de l'expérience artistique elle-même. Dans la voix de Nabiha, il y a quelque chose du sud, des chants anciens, de la chanson populaire, et de l'école musicale qui a affiné son expérience – mais elle ne s'arrête pas aux frontières du passé, transformant le patrimoine en matière vivante qui parle à un nouveau public sans perdre ses racines.

Lors de la Journée de la femme, cette voix acquiert une autre dimension en dessinant la présence des femmes dans la chanson tunisienne – comme amante, mère, fille, et la femme qui attend, résiste et rêve. Mais Nabiha, dans son expérience, pousse cette image un pas plus loin : la femme qui apparaît dans sa chanson possède la capacité de s'exprimer, de transformer la douleur en position, la mémoire en action, et le silence en voix.

De cette perspective, le concert de Carthage transcende le rendez-vous musical pour devenir une rencontre entre une artiste et son public, entre la mémoire d'une femme tunisienne et la mémoire d'une nation, entre une chanson ancienne et des questions contemporaines. Peut-être que la plus belle chose que la musique puisse donner lors de telles occasions est de rendre la célébration moins rhétorique et plus sincère. Lorsque Nabiha Karaouli chante, la présence des femmes dépasse les slogans, leur humanité se révèle, leurs histoires résonnent, et elles trouvent dans la chanson un espace pour exprimer ce qui bouillonne en elles.

L'expérience de Nabiha Karaouli apparaît, en partie, comme une tentative constante de récupérer la chanson tunisienne de l'oubli – récupérant le maqam, la mélodie, le dialecte et l'image populaire, puis les plaçant dans un nouveau contexte. C'est ce qui rend ses chansons capables d'atteindre plus d'une génération : l'auditeur qui connaît ces chansons par la mémoire de ses parents ou grands-parents y trouve quelque chose de familier, tandis que les jeunes auditeurs les découvrent comme faisant partie d'une musique tunisienne qui peut se renouveler sans renier ses origines.

À Carthage, cette équation devient plus claire. Le théâtre, représentant l'un des symboles les plus importants de la présence culturelle tunisienne, accueille une artiste qui a fait de l'identité musicale une partie fondamentale de son projet. De ce point de vue, la célébration de la Journée de la femme ne peut être séparée de la célébration de la chanson tunisienne elle-même – la femme qui chante, la femme qui a écrit ou inspiré, la femme qui a préservé la chanson dans les foyers et la mémoire populaire – toutes se rencontrent symboliquement en un seul moment sur la scène de Carthage.