Après une longue absence, l'artiste libanaise Elissa a salué le public du Festival international de Carthage par la porte de la mémoire, choisissant d'ouvrir son concert par une vidéo retraçant les étapes clés de sa carrière musicale. Ce moment fut un voyage dans le temps, où Elissa et son public ont revisité ensemble les jalons qui ont façonné sa gloire artistique, des débuts modestes au sommet qu'elle occupe aujourd'hui.
Dans les gradins, son public était au rendez-vous, saisissant les premières notes des chansons et reprenant les paroles jusqu'à ce qu'elle apparaisse, accompagnée d'une aura d'applaudissements et d'acclamations. La chanson "Kell Elly Bihebbouni" était le mot de passe avec ses fans. Cette chanson, qui a toujours été un pont entre Elissa et son public, est devenue ce soir-là un hymne collectif, scandé par la foule comme une promesse de fidélité et d'amour éternel.
Dès son apparition, une chimie palpable s'est installée entre elle et le public diversifié qui remplissait les chaises et les gradins, une chimie qui a brillé par une interaction remarquable, façonnée par ses mouvements sur scène alors qu'elle saluait la foule, qui a quitté ses sièges pour dessiner avec elle les contours d'une soirée inoubliable. L'énergie qui circulait entre la scène et les gradins témoignait d'une relation solide qui transcendait le temps, faisant de ce retour plus qu'un simple concert – une célébration d'une mémoire partagée.
Elissa n'a pas caché sa joie de revenir au Festival international de Carthage après une absence, établissant un lien historique entre elle et le lieu qui abrite sa voix depuis 17 ans, évoquant "Alissa" (Elissa/Didon), la légendaire reine tunisienne dont elle est fière de porter le nom. À ce moment, la légende tunisienne antique a rencontré la star libanaise contemporaine, comme si l'histoire se réécrivait sur la scène antique, où les civilisations se rencontrent et les cœurs s'harmonisent.
Accompagnée d'un orchestre dirigé par le maestro Fadi Ezzo, une succession de chansons de son catalogue musical a suivi – des œuvres qui misent sur la poésie des paroles, la sincérité de l'émotion, la fluidité des mélodies et leur ouverture à diverses couleurs musicales. L'orchestre a parfaitement soutenu la performance d'Elissa, ajoutant de nouvelles dimensions aux chansons et en faisant une expérience auditive complète, oscillant entre romance tranquille et enthousiasme bruyant.
"Le plus beau retour en Tunisie est avec vous" – Elissa n'a cessé de charmer le public qui a répondu à son appel dès qu'elle a dit "Yalla Yalla" au début de son concert, l'accompagnant alors qu'elle revisait différentes étapes de sa carrière et se déplaçait avec grâce entre ses anciennes et nouvelles œuvres. Chaque chanson était une étape dans un riche voyage artistique, portant des souvenirs et des émotions, et incarnant une évolution continue de son style et de sa voix.
Elissa, qui fait partie des artistes dont les chansons, sur plus de trois décennies, ont créé une identité artistique unique et une mémoire spéciale pour un large public arabe, est revenue au Festival international de Carthage pour sa 60e édition afin de renouveler son lien avec un public qui connaît sa voix, connaît ses chansons par cœur et suit ses transformations d'un album à l'autre. Elle est l'une des rares à avoir réussi à maintenir leur présence à travers des décennies de changements rapides dans l'industrie musicale, sans perdre leur essence ni s'éloigner de leur public.
À Carthage, où les chansons sont testées dans leur capacité à atteindre des gradins bondés et un public aux goûts et aux générations variés, Elissa est montée sur scène portant un héritage artistique et populaire qui a fait d'elle l'un des noms les plus importants de la scène musicale arabe ces dernières décennies. Cette présence ne reposait pas sur l'abondance de la production seule, mais sur une identité artistique claire qui a choisi dès le début de faire de la chanson émotionnelle son langage principal.
Elissa a une mémoire avec Carthage qui remonte à 2009, lorsqu'elle est montée sur la scène antique dans le cadre de la 45e édition du festival devant un large public qui a chanté avec elle ses chansons de l'album "Ayami Bik." Cette rencontre a été l'un des premiers moments à révéler la profondeur de la relation qu'Elissa avait tissée avec un public tunisien qui trouvait dans sa voix et ses chansons un reflet de ses propres détails émotionnels.
Aujourd'hui, après de nombreuses années, Elissa revient sur la même scène, mais dans un contexte différent. L'artiste qui a commencé son parcours à "Studio El Fan" en 1992 a vécu d'importantes transformations dans l'industrie musicale arabe, de l'ère des albums à l'ère des singles, et de la télévision et la radio aux plateformes numériques. Pourtant, sa ligne artistique est restée claire, et ses chansons n'ont jamais perdu leurs caractéristiques fondamentales – elle a choisi dès le début de miser sur sa voix et sa capacité à transmettre l'émotion, et de travailler sur une personnalité chantante basée sur la chaleur, l'intimité et la proximité des détails émotionnels.
De "Ayshalak" à "Ajmal Ehsas," de "Tsaddak Bimeen" à "As'ad Wahda," "Saharna Ya Leil," et "Kell Elly Bihebbouni," ces chansons constituent un héritage qui a fait de la chanson émotionnelle une partie permanente de son image artistique. Elissa a bénéficié de nombreuses collaborations avec des figures influentes de la musique arabe, notamment Marwan Khoury, Mohamed Rahim, Ziad Baraji, Walid Saad, et d'autres – des collaborations qui ont contribué à diversifier son répertoire et à maintenir sa présence sur un marché musical en constante évolution.
Ce qui frappe dans la carrière d'Elissa, c'est que son succès ne s'est pas arrêté aux limites de la popularité ; elle a réussi à faire de son style une marque reconnaissable, et à maintenir un espace spécial au sein d'une génération qui a vu émerger de nombreuses voix féminines. Elle redéfinit la chanson romantique à chaque étape à travers de nouvelles productions, des arrangements différents et des thèmes qui touchent aux sensibilités changeantes de son public. D'où l'on peut comprendre la continuité de sa présence – ses œuvres ne sont pas toutes similaires, mais elles proviennent de la même sensibilité artistique, et de cet équilibre entre simplicité dans la réception et clarté dans l'expression.
À Carthage, la relation entre elle et son public prend une autre dimension – ils ne sont pas venus seulement pour écouter de nouvelles chansons, mais aussi pour redécouvrir ce qui les a accompagnés les années précédentes. Ainsi, le concert devient un espace où les chansons anciennes et nouvelles se rencontrent, où la mémoire rencontre le présent. La 60e édition du Festival international de Carthage ajoute une valeur symbolique à cette rencontre – le festival célèbre six décennies de grands rendez-vous musicaux et artistiques, et Elissa y revient après une longue période, portant dans son expérience de nombreux changements.
Entre l'histoire du festival et l'histoire de l'artiste, deux mémoires se croisent : la mémoire d'une scène qui a accueilli de grands noms arabes et internationaux, et la mémoire d'une voix qui a choisi de faire de l'émotion son chemin vers le public. Le véritable test pour Elissa à Carthage n'était pas de prouver qu'elle est une artiste populaire – sa carrière avait depuis longtemps réglé cette question – mais d'affirmer que la relation avec un public peut traverser le temps. Qu'Elissa revienne au même endroit après des années, et soit accueillie par les voix du public chantant ses paroles, est la preuve qu'elle a réussi à transformer la chanson romantique en une identité artistique cohérente, et que la chanson émotionnelle, lorsqu'elle est sincère, reste vivante dans les cœurs, quelles que soient les époques et l'évolution des modes d'écoute.